26.5.08

L'homme seul

Le chef de l'armée a prêté serment dimanche devant les députés qui l'ont élu à la tête du pays du Cèdre. Si cette élection remet en marche le Liban après 18 mois de crise politique, le nouveau président n'en est pas moins un homme seul. La mission qu'il vient d'accepter, et à laquelle il se prépare depuis que son nom a été cité pour remplacer l'autre général, le pro-syrien Emile Lahoud, est d'amorcer la réconciliation entre deux camps profondément divisés: la majorité antisyrienne, soutenue par les Occidentaux et l'Arabie saoudite, et l'opposition menée par le Hezbollah chiite, alliée de l'Iran et de la Syrie. C'était le sens de sa première allocution :

«Je vous appelle, politiciens et citoyens, à entamer une nouvelle phase appelée le Liban et les Libanais, afin de réaliser les intérêts de la nation», a-t-il dit.

L'élection de Michel Sleimane, par 118 des 127 députés, devrait mettre un terme à 18 mois de crise politique. Alors que le Liban était sans président depuis novembre 2007, elle a été rendue possible par la signature, le 21 mai à Doha, d'un accord négocié in extremis par le Qatar pour sortir le pays de la crise.

Un parterre de personnalités étrangères assistait à l'élection, dont le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner. Le vote s'est déroulé sous très haute protection, avec des troupes déployées autour du Parlement, en plein centre de Beyrouth, et des tireurs postés sur les toits.

Pour saluer cette élection, le pays était pavoisé dimanche de drapeaux libanais et de portraits du général Sleimane. La petite ville de Amchit, d'où est originaire le général Sleimane, était en liesse. Des tirs ont retenti dans les rues de Beyrouth... mais de joie!

Le général fait figure d'homme de consensus

La majorité antisyrienne et l'opposition menée étaient d'accord depuis plusieurs mois sur le nom du général Sleimane, homme de consensus resté à l'écart des rivalités politiques et confessionnelles. Mais les luttes autour de la formation d'un gouvernement d'union, réclamé par l'opposition, empêchaient l'élection.

Cette élection amorce la relance des institutions du pays, miné par la crise, par les violences et par la série d'attentats qui a visé depuis 2004 le bloc antisyrien. Les violences du début mai, qui ont pris à Beyrouth la tournure d'affrontements entre musulmans sunnites, pro-gouvernementaux et militants chiites de l'opposition, ont aussi laissé des traces, laissant présager d'une réconciliation difficile.

Par les armes, l'opposition, composée de chiites et d'une partie des chrétiens, a eu gain de cause sur sa principale revendication, une minorité de blocage dans le futur gouvernement. Elle occupera 11 portefeuilles sur 30, là où Slimane n'en aura que 3, et pourra user de ce droit de veto pour imposer sa volonté sur des décisions graves, comme celles relatives à la sécurité de l'Etat. Le Hezbollah, seule milice libanaise encore officiellement armée, sort même doublement gagnant, puisque la question de son désarmement n'a pas été mise sur la table.

Sitôt le président élu, l'actuel gouvernement, dirigé par le Premier ministre Fouad Siniora, est démissionnaire de facto. Les consultations ont commencé pour former le gouvernement qui mènera le pays vers les élections générales du printemps 2009.

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