7.2.05

Un centre international antiterroriste !

Décidément, la lutte contre ce fléau devenu international qu’est le terrorisme prend un air de Quatrième république française empêtrée dans sa guerre d’Algérie : on crée des commissions. Ici, la proposition saoudienne prend plutôt la tournure d’un centre international, une sorte d’Interpol du terrorisme. D’un point de vue géopolitique, cette annonce permet à l’Arabie saoudite d’admettre publiquement qu’elle ne peut vivre en autarcie et que la lutte contre le terrorisme doit être transfrontalière. Dans la mesure où une coopération ne peut s’établir à sens unique, les autorités veulent signifier à leurs partenaires, aux Occidentaux en particulier, qu’ils ne sont pas les seuls à pouvoir demander des informations et des comptes et que le royaume en a lui aussi le droit. Riyad prend les devants, sachant que l’intervention de tel ou tel pays devait mettre en cause une ou des filières saoudiennes.
Un document final devrait être publié à l’issue des travaux, ne fut-ce que pour confirmer l’engagement de tous les participants à lutter contre le terrorisme et à se considérer liés par les obligations et instruments internationaux afférents. Le prince héritier Abdallah, leader de facto depuis la maladie du roi Fahd a fait part de son idée de créer un « centre international antiterroriste » qui pourrait « échanger et transmettre des informations d’une manière immédiate » et rassemblant les « experts du monde entier ». Les experts en question ont écouté le discours en direct : nombre d’entre eux figurent en tête des délégations. Les réactions sont d’autant plus prudentes que les Saoudiens n’ont donné pour l’instant aucun détail sur la nature de leur projet.
Apparaît ici le principal malentendu sur le fond de la lutte antiterroriste. Pour les policiers et les juges, il s’agit évidemment d’une bonne idée. Leur appréhension du renseignement se borne à permettre des arrestations et la tenue de procès. Les renseignements sont vite exploités, car il y a une volonté d’agir rapidement. L’ordre public prime, l’action policière s’inscrit dans un cadre réglementaire précis. Au demeurant, des organes de ce type fonctionnent déjà, certes dédiés à une mission plus générale, comme Interpol ou Europol. On en saisit immédiatement les limites, lourdeurs bureaucratiques et manque de légitimité.
Pour les professionnels du renseignement, la logique est tout autre. Leur mission n’est pas de déférer devant le juge des criminels, fussent-ils des terroristes, mais de fournir une information la plus précise possible à la communauté de décideurs de leur Etat, à commencer par les chefs d’Etat et de gouvernement. L’échange de renseignement, dans ce domaine, est plus confidentiel et ne souffre guère de multilatéralisme. Les romans de la Guerre froide ont bien montré ces relations bilatérales qui unissent les hommes, les services. La réalité n’est guère éloignée de cette vision pourtant caricaturale. Tous les services de renseignement s’échangent des informations.
L’appel des Etats-Unis, au lendemain du 11 septembre 2001, le montre bien. Chaque agence a ses spécialités et, face à une menace, peut être en situation de manque. Dès lors, autant en appeler à un allié. Face au terrorisme islamique, il est évident que les Français sont plus compétents que les Américains, du fait de l’antériorité de cette menace. Des réseaux ont déjà été cartographiés, des pratiques analysées. A contrario, la confiance des services américains dans leurs homologues israéliens n’a pas permis d’éviter une intoxication lourde de conséquence sur les armes de destruction massive irakiennes. Cela prouve également combien l’échange d’information est aléatoire. Un terroriste d’al Qaïda est passé entre les mailles du filet parce que les Américains n’entendaient pas fournir d’information sur lui à un pays de l’ex-Union soviétique, avec qui ils n’avaient pas l’habitude de travailler !
Pourtant, l’échange multilatéral d’informations n’est pas la solution. Il comporte trop de difficultés. La première est la dissémination trop importante du renseignement, le rendant impossible à contrôler. Le parasitage devient trop important, chacun ayant la même information étant susceptible de la remettre en circuit. Internet donne l’exemple de ce que pourrait être un échange multilatéral de renseignements… Une cacophonie au sein de laquelle démêler le bon grain de l’ivraie relève de la mission impossible. Ce pose ensuite la question de la sécurité de l’échange…

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